Quelles sont les relations entre religion et politique aux Etats-Unis aujourdhui?

Autor: Ewa Golik

 

La premiere devise officielle americaine, celle qui orne le Grand Sceau des Etats Unis, est d’un laicisme antique irreprochable : E Pluribus Unum – formule annoncant la construction unitaire d’une nation ethniquement multiculturelle et religieusement plurielle. Une autre devise, In God We Trust a ete introduite pendant la guerre de Secession et, en 1957, pendant la guerre froide, la formule obtenait l’acceptation officielle du Congres. Trois ans avant, le meme Congres avait ajoute One Nation Under God au texte du serment au drapeau, pour signifier que l’Amerique etait bien une nation chretienne en lutte contre le communisme athee. Il apparait que dans les moments difficiles, la nation americaine s’addresse officiellement a Dieu et on peut constater que c’est la ou se trouvent les debuts du phenomene de la religion civile aux Etats-Unis.I. Laicite des Etats-Unis – les lois officielles et la religion civile.

A. Les lois officielles.

Il faut rappeler que les fondateurs des Etats-Unis d’Amerique, proviennent, pour une large part, de religions protestantes differentes, d’ou, l’idee d’un pays devenu laique. En effet, le Bill of Rights institue une veritable separation entre l’eglise et l’etat en prohibitant toute religion officielle. De meme, la Constitution des Etats Unis interdit tout test religieux pour choisir les plus hauts dignitaires de l’Etat.

La premiere devise officielle americaine, celle qui orne le Grand Sceau des Etats Unis, est d’un laicisme antique irreprochable : E Pluribus Unum – formule annoncant la construction unitaire d’une nation ethniquement multiculturelle et religieusement plurielle. Une autre devise, In God We Trust a ete introduite pendant la guerre de Secession et, en 1957, pendant la guerre froide, la formule obtenait l’acceptation officielle du Congres. Trois ans avant, le meme Congres avait ajoute One Nation Under God au texte du serment au drapeau, pour signifier que l’Amerique etait bien une nation chretienne en lutte contre le communisme athee. Il apparait que dans les moments difficiles, la nation americaine s’addresse officiellement a Dieu et on peut constater que c’est la ou se trouvent les debuts du phenomene de la religion civile aux Etats-Unis.

B. La religion civile.

Pour les USA, pays constitue d’immigrees (les indigenes etant exclus de la vie d’etat), la religion chretienne commencait a apparaitre comme le fondement d’une sorte de communaute morale meme si elle demeurait une communaute imaginee. Pendant la guerre froide, les deux concepts les plus signifiants de la politique des Etats-Unis d’aujourd’hui ont evolues dans le discours officielle du pays : il s’agit du concept de la nation choisie et du concept du messianisme national. Ces derniers se manifestent par la conviction que la democratie, la liberte, et l’avancement economique et social etait donne par Dieu aux Americains ; ceux-ci legitiment les actions ayants comme l’objectif la diffusion des vertues americaines – ce paradis sur la terre – « au nom du Dieu ». Ayant au debut une fonction positive en generale (l’unification morale des citoyens americains), la religion chretienne etait transformee (dans le discours oficiel) en « religion civile », pratiquant ainsi davantage l’adoration de la nation que celle de Dieu.

A partir de cette epoque, la demagogie de la nation choisie etait utilisee par les presidents et leurs administrations sans egard a l’orientation politique, etant egalement tres presente dans la politique de G.W. Bush Jr. qui est sans aucun doute le president le plus publiquement devot de ces dernieres decennies. Malgre cela – ou peut etre a cause de cela – il est aussi celui qui fait preuve du plus grand opportunisme ideologique dans sa manipulation de la carte religieuse en fonction de ses besoins de politique interieure et internationale. Neanmoins, apres les evenements du 11 septembre 2001 (alors, un moment tres difficile pour la nation americaine) sa rhetorique cherchera a rencontrer un terrain susceptible de favoriser sa reelection presidentielle.

II. Populisme religieux officiel – l’administration de G. W. Bush Jr. et la societe americaine.

A. « L’evangelisation » et le messianisme. L’administration de G. W. Bush Jr.

Etant constitue en majorite de methodistes, le gouvernement americain d’aujourd’hui legitime sa politique, interieure et internationale, par les mots de Bible. Recemment, dans le cadre de la politique interieure, (2004) l’interdiction des marriages homosexuels par la majorite des gouverneurs republicains a entre autre ete motivee par un necessaire respet a la loi de Dieu. En outre, l’administration de G. W. Bush Jr a finance, a l’aide du budget national, les faithbased initiatives, les associations proches des eglises chretiennes que G. W. Bush Jr, lui meme, met en oeuvre malgre la separation de l’etat et des eglises, en forcant l’idee de « solution spirituelle aux problemes sociaux ». En general, le leitmotiv republicain envers la politique interieure et de la vie quotidienne peut etre resume comme suit : respectez Dieu, messianisme de la nation ; defendez les valeurs de la famille et la priere a l’ecole, luttez contre la permissivite, l’avortement, l’homosexualite, et ayez de la mefiance a l’egard des idees liberales et de l’Etat federal. Pour le monde exterieur, neanmoins, c’est le populisme messianique de la politique internationale qui peut constituter une menace.

Apres les evenements du 11 septembre 2001, le president a opte pour une theologie adaptee aux plans guerriers qui annoncait une riposte immediate en Iraq. En presentant une flexibilite theologique oscillant entre methodisme et calvinisme (selon les destinataires), le president a presesente une vision de la guerre (« croisade ») qui opposait le Bien (les Etats-Unis chretiens) au Mal (Iraq, Osama ben Laden, le terrorisme islamique…), vision qui voulait afficher les Etats-Unis comme etant un pays choisi et « responsable », avec une vision de la croyance comme identite nationale – cette utopie mobilisatrice legitimant une expansion imperiale presente comme ineluctable, car benie par Dieu. En utilisant le peur, les documents faux et la benediction de Dieu, l’administration de G. W. Bush Jr commencait la guerre politiquo-strategique, «mission » qui malhereusement n’etait pas accomplished jusqu’a aujourd’hui…

B. Les effets du populisme officiel. La societe americaine.

Il n’existe rien comme l’Eglise americaine national ou la religion civile universelle.
Aux Etats-Unis, il y a un vrai « coctail » des eglises qui a limite, en fait, les effets du discours nationaliste messianique. La grande majorite des responsables religieux s’est en fait prononcee contre la marche unilaterale de la guerre preventive commencee par l’Eglise methodiste, dont le president et le vice-president sont membres. En revanche, les predicateurs evangeliques conservateurs l’ont soutenue et encouragee, mais ils ont aussi adopte des positions intolerantes embarrassantes pour l’administration. En fait pour la grande majorite des Eglises americaines, Dieu, evoque par G W. Bush Jr est une figure rhetorique, une allegorie de la democratie universelle, pleinement instrumentalisee par le pouvoir politico-strategique.

C’est vrai que la majorite des americains sont chretiens (80%), et qu’il existe des lobbies tres forts d’evangeliques. De la meme facon, la religion chretienne a une position priviligee dans la societe americaine (les fetes chretiennes, par exemple, sont les seuls officiellement celebres). L’influence de la religion dans les choix des Americaines est surtout visible pendant les campagnes presidentielles quand la foi des candidats devient le sujet des debats publiques , qui est, en fait, contradictoire a la Constitution des Etats-Unis. Mais ce sont les choix prives des citoyens d’USA – la majorite des americains ne supporte pas le discours officiel du messianisme national, nation choisie, etc. Les resultats des enquetes menees depuis les attaques du 11.09.2001 montrent que 80% des americains estime que l’on peut etre un bon Americain sans adherer aux valeurs judeo chretiennes et ce meme si l’on ne croit pas en Dieu (84%) ; 50% pensent que les Etats-Unis jouissent d’une protection divine particuliere, mais presque tous estiment aussi que c’est le cas des autres pays. A leurs yeux, Dieu ne marque pas de preference et protege l’entierete de sa creation, une conviction qui sape l’efficacite de la theologie americaine et du droit divin du president. Alors, on peut speculer que la rhetorique messianique du president, en fait, est utilisee pour legitimer les actions politiques mais seulement envers un secteur du public qui deja les soutient.

Conclusion.

La politique imperialistique de l’administration de George W. Bush Jr aujourd’hui n’est pas menee au nom de Dieu, mais au nom de l’ideologie republicaine partagee par le centre conservateur des Etats-Unis. Les accidents de 11.09.2001, la peur devant le terrorisme islamique, les armes de destruction massive ont donne l’opportunite d’utiliser l’ideologie du messianisme national pour atteindre les buts politiquo-strategiques attendus depuis longtemps. Le discours religieux etait seulement l’ornement pour legitimer la politique, comme cela s’etait deja produit de nombreuses fois dans l’histoire. On voit que l’ideologie du messianisme des Etats-Unis est utilise seulement quand c’est confortable – il n’y rien de messianisme par exemple dans l’action de bloquer l’aide financiere pour la lutte contre le sida en Afrique ou la reduction d’aide social aux USA. En fait, les liaisons entre la politique et la religion dependent des buts politiques.

Bibliographie.

Fath Sebastian, « Le troisime stade de la religion civile americaine », Revue Esprit, aout/septembre 2004
Lancorne Denis, « Mais non cette guerre ne fut pas une croisade », Le Monde 17 avril 2003
Richet Isabelle, « La religion influence-t-elle la politique etrangere au Etats-Unis ? », Le Debat, novembre/decembre 2003
Said Edward, « L’autre Amerique », La Monde diplomatique, mars 2003
Tincq Henri, « Cocktail de conservatisme, de patriotisme et de ferveur religieuse », Le Monde, 29 aout 2004
Tincq Henri, « L’encre du savang et le sang du martyr », Le Monde, 2 octobre 2001